Poésie,  Présentation de l'asso

Ce que nous voulons être, instant

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Nous ne sommes pas ici pour por­ter un juge­ment et nous insé­rer dans la des­crip­tion de symp­tômes de la mala­die men­tale. Nous cher­chons à com­prendre et à faire com­mu­ni­quer le sujet sur son par­cours de vie et ce qui l’a conduit à son hos­pi­ta­li­sa­tion à Rosa Parks ou Avèrroes. Notre but est avant tout de faire tom­ber les pré­ju­gés qui existent sur la mala­die men­tale et son pen­dant d’hos­pi­ta­li­sa­tion psychiatrique.

Des mots qui angoissent et qui font peur à l’en­semble de la popu­la­tion où la folie est le repous­soir de notre socié­té qui inclue des normes de confor­mi­té sociale.

Nous nous appuie­rons sur les tra­vaux de Michel de Foucault dans l’his­toire de la folie , qui a mon­tré que cha­cun était avant tout sujet, avant d’être nom­mé par ses symp­tômes d’être dit « alié­né » au malade men­tal. Tous les par­cours de vie sont dif­fé­rents et le dire est pri­mor­dial pour sor­tir de l’oc­cul­ta­tion sociétale.

Pour moi, je n’ai connu l’hos­pi­ta­li­sa­tion qu’à l’âge de 66 ans, lors de mon expul­sion de l’hô­tel où je vivais bien, avec ma chatte Coquine, depuis 7 ans, près de l’é­glise où j’ai été bap­ti­sée et où ma famille est venue en 1919… J’ai connu alors la force et la vio­lence des ambu­lan­ciers qui m’ont obli­gée à m’al­lon­ger, qui m’ont dro­gué, et qui m’ont ame­né au centre d’o­rien­ta­tion de l’hô­pi­tal Saint-Anne, ayant un avis d’hos­pi­ta­li­sa­tion par tiers avec l’as­so­cia­tion ADIAM Tutelles. J’ai fait appel, et par un juge­ment du 25 juillet 2019, par le tri­bu­nal de grande ins­tance, je suis en hos­pi­ta­li­sa­tion dite « libre », mais toutes mes affaires ayant été prises. Je n’ai aucun lieu où aller et c’est pour­quoi je vis à Rosa Parks comme un enfer­me­ment sans liberté.

Même dans mes cau­che­mars les plus cruels, je n’au­rais jamais cru qu’à 66 ans, psy­cho­logue cli­ni­cienne de for­ma­tion (D.E.S.S. de psy­cho­lo­gie cli­nique à Censier), psy­cho-socio­logue (D.E.A. de psy­cho­lo­gie sociale à Nanterre) plus hautes études en sciences sociales et reprise d’é­tudes en psy­cha­na­lyse à l’École de la cause freu­dienne, et l’ob­ten­tion à 50 ans d’un D.E.A. de psy­cha­na­lyse, je vivrai cet enfer­me­ment et cette obli­ga­tion de prise de médi­ca­ments ; le matin et le soir. Neuroleptique, anti­dé­pres­seur et anxiolytique.

Je connais mes symp­tômes : mes crises d’an­goisse, ain­si que ma dépres­sion, mais je sais que j’ai toute ma luci­di­té et pour moi l’é­cri­ture, la poé­sie est une subli­ma­tion et une manière de sor­tir de cet ennui pesant de l’existence.

L’association à but non lucra­tif Nos Blouses est là pour par­ler de nous, sans faux masques aux dis­cours dic­ta­to­riaux de ceux qui savent tou­jours tout. Avec nos humble moyens, nos prises de parole, nous vou­lons ouvrir la psy­chia­trie à l’é­coute de cha­cun, en disant notre souf­france et sou­vent notre propre solitude.

Je suis à la fois dedans en tant que patiente à Rosa Parks depuis 7 mois et demi et ayant un autre regard d’ordre psy­cho­lo­gique et socio­lo­gique, ouvrant le champs des pos­sibles pour une com­mu­ni­ca­tion entre nous. J’ai été en ana­lyse deux fois par semaine pen­dant 5 ans et je crois à l’im­por­tance de la psy­cha­na­lyse pour savoir réel­le­ment qui nous sommes et ce qui nous construit. Je suis freu­dienne, repo­sant sur l’im­por­tance des rêves, de ce qui vient de l’in­cons­cient, et laca­nienne, car don­nant la parole au sujet.

Mon rôle de secré­taire de l’as­so­cia­tion se veut comme un tra­vail de coor­di­na­tion et d’ou­ver­ture au autres ; à tous tout ceux qui souffrent d’une déno­mi­na­tion par­fois arbi­traire de « malade men­tal ». C’est avant tout une démarche huma­niste de démys­ti­fi­ca­tion et d’une d’une meilleure connais­sance de la psy­chia­trie. Chacun sera libre de par­ler d’une façon nomi­na­tive ou de manière ano­nyme. Nous pré­ser­ve­rons le secret de cha­cun quant à sa vie per­son­nelle et de son inti­mi­té. Il est impor­tant aus­si de faire le por­trait de la situa­tion de soi­gnants, donc d’in­fir­mières, d’aides-soi­gnantes, de psy­cho­logues et pour­quoi pas de méde­cin ; avoir des contacts avec des intel­lec­tuels ayant écrit sur la mala­die men­tale. Chacun pour­ra appor­ter une pierre à cet édi­fice dif­fi­cile qui est de mettre l’hu­main au cœur de la psy­chia­trie tra­di­tion­nelle, appa­rais­sant comme sclé­ro­sée, avec ses propres carcans.

Nous nous situons très près de l’an­ti-psy­chia­trie, des mou­ve­ments des années 70, qui ont remis en cause l’en­fer­me­ment asi­laire, pour faire vivre une parole libé­rée du « fou », remet­tant en ques­tions la nor­ma­li­sa­tion sociale ; un autre regard aus­si sur l’au­tisme, la schi­zo­phé­nie, la bipo­la­ri­té, les bor­der­lines, etc. Chacun vivant dans son corps ses propres symp­tômes et pou­vant seul le dire.

L’environnement socio-cultu­rel est aus­si impor­tant pour favo­ri­ser le pro­jet de vie de cha­cun, dans le res­pect des choix et dans l’au­to­no­mie et l’in­dé­pen­dance du sujet.

Marguerite-Marie


Version audio pour aveugles et malvoyants :

  1. Ce-que-nous-vou­lons-être 5:36

Instant

Sous les arbres

Vitesse folle du vent

Je regarde dehors

Parfois un oiseau de passage

Le ciel est bleu-gris-blanc

Des pommes de pin

Sur des grands pins

Un arbre aux feuilles vertes

Immortel

Humain, trop humain

Que je suis

Le ventre vide

Je me sens si petite

Si futile

Et pour­tant…

Magie est là

Réduite à cette page blanche.

Le che­min douloureux

De mon corps

Souffrance amère

Désespérance légère

Au pays de la dite

DÉ-MAUX-Cratie

Violence d’un temps

Qui n’a plus aucune prise.

C’est le choc du géant

La fusion de l’EAU calme

À la brû­lure du feu

C’est la réponse

À la question

De l’Être et du Néant

Et la courbe reprend

Son relief virtuel

Et la terre tourne

En rond

Petit point minuscule

Perdu dans l’Univers

J’hurle au fond de la tanière

De ma chambre aux fenêtres scellées.

LIBERTÉ

    LIBERTÉ

À JAMAIS.

Mag, le 3012020

Marguerite-Marie Chossart

Militante féministe et L.G.B.T., luttant contre tout racisme, contre tout antisémitisme et contre l'homophobie. Ancienne agent de la fonction public, conseillère Pôle Emploi durant 28 ans. Très engagée pour le combat social et la défense du handicap.

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