Ce que nous voulons être, instant 1
Poésie,  Présentation de l'asso

Ce que nous voulons être, instant3 minutes de lecture

Nous ne sommes pas ici pour porter un jugement et nous insérer dans la description de symptômes de la maladie mentale. Nous cherchons à comprendre et à faire communiquer le sujet sur son parcours de vie et ce qui l’a conduit à son hospitalisation à Rosa Parks ou Avèrroes. Notre but est avant tout de faire tomber les préjugés qui existent sur la maladie mentale et son pendant d’hospitalisation psychiatrique.

Des mots qui angoissent et qui font peur à l’ensemble de la population où la folie est le repoussoir de notre société qui inclue des normes de conformité sociale.

Nous nous appuierons sur les travaux de Michel de Foucault dans l’histoire de la folie , qui a montré que chacun était avant tout sujet, avant d’être nommé par ses symptômes d’être dit « aliéné » au malade mental. Tous les parcours de vie sont différents et le dire est primordial pour sortir de l’occultation sociétale.

Pour moi, je n’ai connu l’hospitalisation qu’à l’âge de 66 ans, lors de mon expulsion de l’hôtel où je vivais bien, avec ma chatte Coquine, depuis 7 ans, près de l’église où j’ai été baptisée et où ma famille est venue en 1919… J’ai connu alors la force et la violence des ambulanciers qui m’ont obligée à m’allonger, qui m’ont drogué, et qui m’ont amené au centre d’orientation de l’hôpital Saint-Anne, ayant un avis d’hospitalisation par tiers avec l’association ADIAM Tutelles. J’ai fait appel, et par un jugement du 25 juillet 2019, par le tribunal de grande instance, je suis en hospitalisation dite « libre », mais toutes mes affaires ayant été prises. Je n’ai aucun lieu où aller et c’est pourquoi je vis à Rosa Parks comme un enfermement sans liberté.

Même dans mes cauchemars les plus cruels, je n’aurais jamais cru qu’à 66 ans, psychologue clinicienne de formation (D.E.S.S. de psychologie clinique à Censier), psycho-sociologue (D.E.A. de psychologie sociale à Nanterre) plus hautes études en sciences sociales et reprise d’études en psychanalyse à l’École de la cause freudienne, et l’obtention à 50 ans d’un D.E.A. de psychanalyse, je vivrai cet enfermement et cette obligation de prise de médicaments ; le matin et le soir. Neuroleptique, antidépresseur et anxiolytique.

Je connais mes symptômes : mes crises d’angoisse, ainsi que ma dépression, mais je sais que j’ai toute ma lucidité et pour moi l’écriture, la poésie est une sublimation et une manière de sortir de cet ennui pesant de l’existence.

L’association à but non lucratif Nos Blouses est là pour parler de nous, sans faux masques aux discours dictatoriaux de ceux qui savent toujours tout. Avec nos humble moyens, nos prises de parole, nous voulons ouvrir la psychiatrie à l’écoute de chacun, en disant notre souffrance et souvent notre propre solitude.

Je suis à la fois dedans en tant que patiente à Rosa Parks depuis 7 mois et demi et ayant un autre regard d’ordre psychologique et sociologique, ouvrant le champs des possibles pour une communication entre nous. J’ai été en analyse deux fois par semaine pendant 5 ans et je crois à l’importance de la psychanalyse pour savoir réellement qui nous sommes et ce qui nous construit. Je suis freudienne, reposant sur l’importance des rêves, de ce qui vient de l’inconscient, et lacanienne, car donnant la parole au sujet.

Mon rôle de secrétaire de l’association se veut comme un travail de coordination et d’ouverture au autres ; à tous tout ceux qui souffrent d’une dénomination parfois arbitraire de « malade mental ». C’est avant tout une démarche humaniste de démystification et d’une d’une meilleure connaissance de la psychiatrie. Chacun sera libre de parler d’une façon nominative ou de manière anonyme. Nous préserverons le secret de chacun quant à sa vie personnelle et de son intimité. Il est important aussi de faire le portrait de la situation de soignants, donc d’infirmières, d’aides-soignantes, de psychologues et pourquoi pas de médecin ; avoir des contacts avec des intellectuels ayant écrit sur la maladie mentale. Chacun pourra apporter une pierre à cet édifice difficile qui est de mettre l’humain au cœur de la psychiatrie traditionnelle, apparaissant comme sclérosée, avec ses propres carcans.

Nous nous situons très près de l’anti-psychiatrie, des mouvements des années 70, qui ont remis en cause l’enfermement asilaire, pour faire vivre une parole libérée du « fou », remettant en questions la normalisation sociale ; un autre regard aussi sur l’autisme, la schizophénie, la bipolarité, les borderlines, etc. Chacun vivant dans son corps ses propres symptômes et pouvant seul le dire.

L’environnement socio-culturel est aussi important pour favoriser le projet de vie de chacun, dans le respect des choix et dans l’autonomie et l’indépendance du sujet.

Marguerite-Marie


Version audio pour aveugles et malvoyants :

  1. Ce-que-nous-voulons-être 5:36

Instant

Sous les arbres

Ce que nous voulons être, instant 2

Vitesse folle du vent

Je regarde dehors

Parfois un oiseau de passage

Le ciel est bleu-gris-blanc

Des pommes de pin

Sur des grands pins

Un arbre aux feuilles vertes

Immortel

Humain, trop humain

Que je suis

Le ventre vide

Je me sens si petite

Si futile

Et pourtant…

Magie est là

Réduite à cette page blanche.

Le chemin douloureux

De mon corps

Souffrance amère

Désespérance légère

Au pays de la dite

DÉ-MAUX-Cratie

Violence d’un temps

Qui n’a plus aucune prise.

C’est le choc du géant

La fusion de l’EAU calme

À la brûlure du feu

C’est la réponse

À la question

De l’Être et du Néant

Et la courbe reprend

Son relief virtuel

Et la terre tourne

En rond

Petit point minuscule

Perdu dans l’Univers

J’hurle au fond de la tanière

De ma chambre aux fenêtres scellées.

LIBERTÉ

    LIBERTÉ…

À JAMAIS.

Mag, le 30-1-2020

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Marguerite-Marie Chossart

Militante féministe et L.G.B.T., luttant contre tout racisme, contre tout antisémitisme et contre l'homophobie. Ancienne agent de la fonction public, conseillère Pôle Emploi durant 28 ans. Très engagée pour le combat social et la défense du handicap.

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