#RestezChezVous,  Hospitalisation,  Journal personnel,  La vie en psy,  Poésie,  Témoignage

Confinement à Rosa Parks, une journée comme les autres

26 mars 2020, Rosa Parks est en plein dans le confinement. L’isolement de chacun n’a jamais été aussi important. Plus de réunions à la « serre » pour le journal des Beaux barres. Plus d’atelier d’écriture.

C’est un grand manque pour la communication, l’échange entre nous tous, le moment où chacun prend un café en se servant, libre de parler avec son voisin de tout et de rien.

Ce fameux virus tue, des femmes, des hommes, des personnes âgées, des soignants… Nous devons lutter avec nos propres pauvres moyens pour éviter la contamination. Respecter les gestes-barrières, sachant qu’il suffit de très peu de choses pour que le virus pénètre. Notre chez-nous est l’hôpital, nous, les aliénés ; nous les malades mentaux ; nous les patients, qui attendent un avenir meilleur.

Journée-type

La journée est longue. Le matin, lever à 8 heures pour sortir prendre ses constantes et ses médicaments… puis repos (sans petit-déjeuner pour ma part) jusqu’au moment de prendre sa douche, avec la radio R.T.L. éteinte bien sûr. Puis le repas à 11h45, à une table pour quatre personnes convertie en table double, où deux patients ne se font plus face, servi individuellement par le personnel soignant qui fait preuve de beaucoup de courage et de dynamisme, car les consignes d’écartement sont souvent mal comprises et la patience difficile à garder lorsque nos estomacs ont faim.

Le réfectoire avant le confinement

L’après-midi se déroule pour moi en écoutant la radio, souvent R.T.L., où des auditeurs prennent la parole et racontent leur confinement obligatoire. Les Grosses têtes, de Laurent Ruquier, de 15 heures 30 à 18 heures, pour rire un peu et tenter de répondre aux questions-mystères, surtout pour ne pas perdre sa lucidité !

Et puis la lecture, le Chœur des femmes de Martin Wianckler racontant l’expérience d’une jeune interne en gynécologie ; c’est passionnant et intelligent.

La vie s’écoule, monotone, avec le goûter à 16 heures, et surtout, tenir debout et lutter de toute sa force pour rester malgré tout optimiste, même quand l’avenir est mis de plus en plus ente parenthèses (avec cette clinique en vue).

Le parc dans lequel nous pouvons déambuler individuellement et accompagné

Et le soir, de nouveau, prise des constantes, de votre tension (la mienne s’est stabilisée vers les 14) et de votre température à 18h35. Puis prise de mes cinq médicaments : un antipsychotique, un antidépresseur et antihypertenseur. Puis le repas à 19 heures passées, à une table isolée à deux.

Ça y est, la journée est terminée. Vous êtes libre pour votre soirée : radio, lecture ou télévision. Mais cette solitude vous file le cafard, bien qu’elle vous conforte dans votre énergie vitale.

Les proches au téléphone ?

Je n’ai pas peur du Coronavirus, mais suis inquiète pour mon avenir, pour l’après Rosa Parks. J’en ai fait un poème :


Confinement

Video Thumbnail26 mars 2020, Rosa Parks est en plein dans le confinement. L'isolement de chacun n'a jamais été aussi important. Plus de réunions à la « serre » pour le journal des Beaux barres. Plus d'atelier d'écriture. C'est un grand manque pour la communication, l'échange entre nous tous, le moment où chacun pr

Plus de sorties
Avec la voiture
Pour être avec les vôtres
Il n’y a plus de restaurants
Les bars sont fermés
Vous manquez
De chocolat
De biscuits
De Coca-Cola
Alors que vous avez l’argent

Confinement

C’est triste
D’être isolée
Devant sa radio
Et son livre

Confinement

Dans cette chambre
Aux fenêtres fermées

L’hôpital psychiatrique est un lieu asilaire
Vous rêvez de liberté
D’amour, de solidarité
Vous êtes avec vos fantômes
Votre passé-présent
Votre famille

Confinement

Loin du Coronavirus
Les gens meurent
Manu Dibango
Et son célèbre Makossa
Enfant de 86 ans
Au célèbre saxo !
Tué par le virus

Au nom de ma liberté
Ouvrez la porte
Partir en rêve
À la mer
Sentir le souffle du vent…

Au nom de ma liberté
Criez au monde entier

Nous serons plus forts que le virus
Et nous en sortirons gagnants

Confinement

Merci à tous
Aux soignants qui nous protègent
À toutes les petites mains qui nous font vivre…
Du ménage, au repas.

L’oiseau s’envole
Dans le ciel bleu-gris
Je suis prisonnière et confinée.

Mag, 26/03/2020

Partager
  • 11
    Shares
Marguerite-Marie Chossart

Militante féministe et L.G.B.T., luttant contre tout racisme, contre tout antisémitisme et contre l'homophobie. Ancienne agent de la fonction public, conseillère Pôle Emploi durant 28 ans. Très engagée pour le combat social et la défense du handicap.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *