Droits des Femmes,  Témoignage,  Tribune

Luttes des Femmes, Marguerite-Marie Chossart, tribune et témoignage

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8 mars 2020 :

Journée inter­na­tio­nale des droits des femmes, fêtée au niveau mon­dial. Mais si chaque jour devait être une jour­née de soli­da­ri­té, d’égalité, de non-vio­lence pour cha­cune, la situa­tion est encore, sou­vent, dra­ma­tique : même en France où de nom­breuses femmes sont tuées par la vio­lence de leur conjoint, et où le viol, le har­cè­le­ment sexuel, ne se tarissent pas, mal­gré l’expression de plus en plus libre des victimes.

Les mou­ve­ments comme #MeToo et #BalanceTonPorc, ont don­né la parole à celle qui habi­tuel­le­ment se tai­saient, et les scan­dales dans le milieu du spec­tacle, dans le milieu du sport, ne doivent pas occul­ter le fait que des agres­sions sexuelles se réa­lisent tout près de chez vous.

Combien de femmes ont subit une agres­sion sexuelle, un viol, un har­cè­le­ment durant leur vie ? C’est l’histoire de cha­cune qu’il faut prendre en compte dans une socié­té carac­té­ri­sée par ses sté­réo­types de fémi­ni­té et de mas­cu­li­ni­té, et par ses hétéro-normes.

Je suis fémi­niste radi­cale et je le reven­dique. Alors que les droits comme l’avortement sont remis en cause dans un grand pays comme l’Amérique et par le pré­sident Donald Trump, et que des ligues de ver­tus, les adeptes conser­va­teurs de la Manif pour tous s’opposent à la P.M.A., au droit qu’un couple de les­biennes puisse avoir un enfant et que celui-ci se déve­loppe dans l’amour et l’harmonie de ses deux parents.

Si la femme est dite « l’avenir de l’homme », elle n’est pas son égale, puisqu’à tra­vail égal, elle est moins bien payée, et parce que les femmes retrai­tées touchent une pen­sion de plu­sieurs cen­taines d’euros infé­rieure à la pen­sion masculine.

Et que dire de la flexi­bi­li­té du tra­vail chez les femmes, dont cer­taines sont en plus famille mono-paren­tale ; ayant à leur charge des enfants ; emploi à mi-temps, en inté­rim, à temps par­tiel, comme cais­sière, aide-ména­gère, femme de ménage… femmes ouvrières aux tâches répétitives.

Crédit : Brut.

Une femme mal­gache qui trie les gam­bas qui se trouvent dans les bacs des sur­ge­lés des pays occi­den­taux touche un peu plus d’un euro par jour, en tra­vaillant plus de huit heures par jour dans des condi­tions de tra­vail pénibles… sta­tion debout, dos plié, gestes répé­ti­tifs. La misère, la pau­vre­té sont le pen­dant de la socié­té mon­dia­li­sée et ultra-libé­ra­liste, et les petites mains fémi­nines comme au Bangladesh, en Inde, dans les usines tex­tiles, en Chine, dans les usines où sont fabri­qués nos smart­phones, font mar­cher notre société. 

Les femmes Gilets jaunes ont bien mon­tré l’inégalité sociale de notre socié­té soi-disant démo­cra­tique, et qu’une femme qui prend le pou­voir devra tou­jours beau­coup plus s’affirmer que son col­lègue mas­cu­lin, car « cela ne va pas de soi ». Les femmes met­teuses en scène, cheffes de cui­sine sont encore beau­coup moins nom­breuses que les hommes et si dans le sport, dans le foot­ball par exemple, cela bouge un peu, le sport au fémi­nin est encore beau­coup moins côté au niveau pro­fes­sion­nel. Aucune spor­tive ne touche le salaire de Neymar !

Et que dire du droit à l’instruction pour toutes, car l’école n’est pas acces­sible à ces petites filles voi­lées, à ces femmes de l’ombre, sous leur bur­qa, sous le régime patriar­cal et machiste des tali­bans et de sala­fistes consi­dé­rants la femme non comme un être et un sujet humain, mais comme un objet com­plé­men­taire du mas­cu­lin. La femme étant pire qu’une esclave, une mineure sans aucun droit propre, devant être accom­pa­gnée dans la moindre démarche… Des femmes ira­niennes qui ont eu l’audace, le cou­rage d’enlever leur voile se font emprisonner !

Je suis écœu­rée d’entendre cer­tains (et même cer­taines) dire que le fémi­nisme est un com­bat d’arrière-garde, que les femmes ont acquis l’égalité et qu’elles sont deve­nue toutes puis­santes. Un nou­veau popu­lisme se fait jour, lié à l’extrême droite conser­va­trice et à des valeurs dites chré­tiennes. L’omerta est encore de mise dans cer­tains milieux, et si le pape François dénonce avec retard la pédo­phi­lie au sein de l’Église, la place de la femme dans l’Église est tou­jours liée à la domi­na­tion mas­cu­line, puisque la femme ne peut être ordon­née prêtre. Elle est la ser­vante de Dieu, à la fois vierge et mère. L’Église de Rome a encore un grand che­min à faire pour débrous­sailler cette curie machiste, for­mée d’évêques qui pensent avoir le bon droit pour eux, consi­dé­rant l’homosexualité comme une mala­die hon­teuse. On ne naît pas femme, on le devient… Chacune a le droit de choi­sir son sexe, son orien­ta­tion sexuelle…

Les droits des tran­sexuelles, des L.G.B.T., doivent être res­pec­tés car un petit gar­çon né avec des attri­buts mas­cu­lins peut avoir le besoin de deve­nir femme. Et cer­tains bébés naissent à la fois avec des attri­buts mas­cu­lins et fémi­nins ; et des petites filles nées avec des attri­buts fémi­nins peuvent avoir le désir d’être homme.

La théo­rie du gen­der est ensei­gnée dans des uni­ver­si­tés amé­ri­caines, mais Judith Butler est dénon­cée par des par­le­men­taires qui tiennent à la dif­fé­rence des sexes et à l’hétéro-société obli­ga­toire. La socié­té patriar­cale est encore très fri­leuse même dans des pays dits « démo­cra­tiques » pour accep­ter l’ouverture des droits L.G.B.T. sans notion d’anormalité et de marginalité.

Crédit : Label Histoire.

La fameuse jour­née du 8 mars, des droits des femmes, doit être la lutte de chaque sujet pour le droit à sa digni­té : être soi-même dans son iden­ti­té psy­chique et physique.

Le com­bat fémi­niste est un com­bat com­mun où l’homme se pose la ques­tion de la domi­na­tion mas­cu­line et remet en cause les sté­réo­types mas­cu­lins liés à la vio­lence, à la force et à l’agressivité. Mais pour que la parole s’exprime, se libère, la femme doit se sen­tir libre de par­ler, de dire non lorsqu’elle refuse tout har­cè­le­ment, tout abus de pou­voir de l’un par rap­port à l’autre.

L’affaire Polanski pour laquelle il a été reje­té par toutes les femmes libre du ciné­ma fran­çais, à com­men­cer par la plus cou­ra­geuse Adèle Haenel, a eu lieu dans les années 70, soit plus de qua­rante ans après l’acte répu­gnant, mais il serait bon pour la jus­tice de toutes les vic­times que les faits cri­mi­nels ne soient pas pres­crits et que cha­cun puisse avoir sa défense. Des femmes sont mar­quées à jamais par ce qui s’est pas­sé pen­dant leur enfance et la parole est sou­vent très dif­fi­cile à pro­non­cer, car elles peuvent se sen­tir aus­si coupable.

En Afrique du Sud, des jeunes les­biennes sont vio­lée dans le but qu’elles aient une sexua­li­té « nor­male », hété­ro­sexuelle. La jus­tice inter­na­tio­nale est encore loin de prendre en compte tous les viols, toutes les agres­sions sexuelles, les vio­lences faites aux femmes, et la femme appa­raît par­fois comme cou­pable, « trop séduc­trice », « ayant une jupe trop courte », « alcoo­li­sée » donc irres­pon­sable, des lieux sont inter­dits aux femmes comme cer­tains bars.

Crédit : I.N.A.

En psy­chia­trie, des femmes ont été tou­chées pro­fon­dé­ment et une thé­ra­pie est néces­saire pour qu’elles puissent expri­mer leur souf­france vécue.

J’ai moi-même vécu dif­fi­ci­le­ment une agres­sion sexuelle, d’un homme de plus de cin­quante ans, en famille de vacances, alors que j’avais douze ans : sexe en érec­tion lors d’une fête où chan­tait Dalida… et, ayant eu très peur, je n’en ai par­lé à ma mère qu’une fois adulte. J’ai subi aus­si deux viols, dont l’un à 23 ans, avec un cou­teau sous la gorge, à Grenoble, en fai­sant du stop, en 1976. L’affaire a été clas­sée sans suite par le com­mis­sa­riat car j’étais une étu­diante de psy­cho dite libre, à l’époque même de la révo­lu­tion sexuelle. Et à 52 ans, par deux hommes d’origine afri­caine à Stains, après 28 ans de couple les­bien. Ils m’ont dro­guée, vio­lée et cam­brio­lée (ché­quiers, argent, ordi­na­teur). En 2005, mal­gré ma plainte, l’affaire a été clas­sée sans suite par le tri­bu­nal de Bobigny, alors que je n’ai pu trou­ver les cou­pables sur les pho­tos pré­sen­tées par la police de Stains. J’étais à ce moment alcoo­li­sée, mais je refu­sais d’avoir une rela­tion sexuelle et j’ai été for­cée contre mon gré. Je me suis sen­tie cou­pable d’avoir par­lé à des incon­nus, leur par­lant libre­ment de la perte de mon amour. Je n’ai pas trou­vé auprès du com­mis­sa­riat une aide et un appui par rap­port à ce crime fait sur moi, j’ai sen­ti un cer­tain mépris. La seule com­pré­hen­sion venait d’un jeune poli­cier auprès de qui j’ai dépo­sé plainte quinze jours après mais je n’ai pas pu aller à la méde­cine de la police judi­ciaire, par sen­ti­ment de honte et de culpabilité.

J’en ai beau­coup par­lé à mon ana­lyste. Une femme vio­lée aura toute sa vie peur de sa rela­tion à l’autre mas­cu­lin, et elle se pro­tè­ge­ra en s’enfermant dans ses propres normes, se sen­tant à la fois vic­time et cou­pable. Dire les faits, même si ceux-ci se sont pas­sés il y a plus d’une cin­quan­taine d’années.

Le pépé qui a com­mis cet acte, étant un assis­tant pater­nel dans une famille d’accueil, n’a jamais été remis en cause.

Celui qui m’a vio­lé avec un cou­teau a été pris plus d’une année après, et je l’ai su en lisant Libération, car il avait l’habitude de vio­ler les étu­diantes qui fai­saient du stop, avec sa 42 blanche. Mais qu’en est-il des deux vio­leurs et voleurs de Stains ? Ils ont sûre­ment abu­sé d’autres femmes et ils n’ont pas été pris.

Le 8 mars 2020, j’aurais eu 43 ans de couple, car j’ai connu le seul amour de ma vie le 8 mars 1977, et nous ne nous sommes pas quit­tées jusqu’en mars 2005, soit 28 ans de pas­sion avec beau­coup de hauts. Les grands voyages à tra­vers le monde, une vie sym­bio­tique, et depuis cette absence je vis avec une moi­tié en moins. Mais cela est une autre histoire !

Vive la lutte des femmes, de celles qui ont le cou­rage d’AIMER, d’êtres elles-mêmes, avec l’ouverture vers tous les pos­sibles, vers l’UTOPIE d’un monde non-sexiste, non-raciste, non-âgiste , sans anti­sé­mi­tisme, non-les­bo­phobe… Un monde éco­lo­giste, de paix, de par­tage et d’amour.

Vive Angela Davis, vive Louise Michel et vive Simone Veil.


Bonne jour­née inter­na­tio­nale des droits des femmes, hom­mage et amour, à celle qui s’est bat­tue une der­nière fois en ce jour anni­ver­saire,


Illustrations musi­cales sélec­tion­nées par Stanislas Dejoie.


  1. Je veux rentrer
  2. Hymne du MLF
  3. Pomme _​ Anxiété


Marguerite-Marie Chossart

Militante féministe et L.G.B.T., luttant contre tout racisme, contre tout antisémitisme et contre l'homophobie. Ancienne agent de la fonction public, conseillère Pôle Emploi durant 28 ans. Très engagée pour le combat social et la défense du handicap.

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