Journal personnel,  Émois,  Passion,  Poésie,  Sauvons nos enfants

Pensée I (Corinne)

D’une rive à l’autre

On se passera de commenter pour une fois.

Vieux poème offert par Corinne.

S. D.

Avant de naître, j’étais une feuille portée au gré des flots

Avant de naître, j’étais une fleur ballottée sur l’écume étincelante de la vague éclatée

Avant de naître, je me taisais, tapie dans l’ombre glacée

D’une rive à l’autre, d’un siècle à l’autre, d’un souffle à l’éternité, d’un enfant à naître, d’une plume à la pierre, des larmes à l’extase, de la stase à l’extase, de la peur à la paix, de l’amour à la peur


L’Humanité s’est embarquée dans une barque fragile, flottante, errant sur le lac bleu du devenir


Dans le souffle parfumé de mes déserts de jasmin, dans mes nuits habitent des Hommes invisibles bleus et courageux, des enfants oubliés, rieurs et merveilleux et un doux chameau qui ne dors jamais


La paix s’estompe avec la nuit, dans ce pays de l’oubli, la paix gèle à pierre fendre, dans ces contrées inéspérées, la pierre scintille de mille duretés, givre de l’indifférence — exempts d’humanité


Les seules larmes sont de rosée, le jour, petit cri de l’oiseau, aube d’espérance, déchirement de la lumière apprivoisée, dans l’haleine torride des pierres rescucitées, les lischens s’agitent et dansent et tordent leur pâleur verte de reptiles immobiles


Tout bouge, tout vibre, rien ne change, le prédateur guette sa proie, les enfants sont arrivés avec la lumière, la lumière les a accueilli dans la première traversée, d’une rive à l’autre, ils ont crié dans leur absolue nudité, dans la violence des trépassés, dans le souffle métallique du vent ; ils se sont arrimés, petits lutins rieurs et muets


Hommes de peu de courage, tremblez, tremblez…


Dans le fracas vert et rouge, il s’est avancé, a hurlé, a appelé, personne n’a entendu, personne ne voulait entendre, alors, dans le fracas vert et rouge de la Méditerranée déchaînée, elle a nagé, pauvre sirène échevelée, elle l’a sauvé, je flotte encore, ressuscitée

Dans leurs yeux, la peur guette et se tapie le monstre de l’indifférence


Les fleurs poussent tel des enfants, les fleurs sont ceuillies, mises en vases, de grands géants les ceuillent avec leurs mains ignorantes, palpitantes, arrachent leurs pétales et pour finir, les fleurs se fanent et refleurissent


  1. J.S. Bach_ St. Matthew Passion, BWV 244 _ Part One - No.1 Chorus I_II_ _Kommt, ihr Töchter,...
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Corinne Evin

Orthophoniste, neuro-psychologue, journaliste, peintre et danseuse avant tout, je suis là pour faire une passerelle entre l'Art et le domaine des sciences du cerveau. Aussi bien thérapeute que patiente.

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