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Pensée VII (Stan)

Un coin, chaque semaine disponible, pour les br**leurs dans mon genre.

Stan

L’enfant était plein de faiblesse et d’affliction. Il priait très fort chaque soir dans son lit perché en hauteur, dans la chambre où un globe terrestre luminescent veillait sur ses insomnies. Pour les pauvres qui étaient ses amis, pour que les petites filles de ses rêves lui fasse un baiser sur la joue, pour l’Afrique d’où venaient ses meilleurs amis, pour sa mère, pour les congénères de sa génération, pour ses copains d’école, pour que son petit cœur brûlé soit réparé. Ça pouvait durer une heure, avant qu’il ne dorme enfin dans la paix éphémère de la lune se levant, effrayé légèrement par les lumières qui bougeaient sur les murs, venant de la rue, filtrées par les persiennes des volets.

Souvent, il avait pris l’habitude d’appeler tendrement sa mère qui se réfugiait dans la chambre mitoyenne pour qu’elle lui donne et donne encore un baiser de « bonne nuit » : « Est pa’ti le bisou maman, encore ! » Et la mère lui disait toujours : « D’accord, mais c’est la dernière fois ! »

L’insomnie, c’est le prétexte qu’il avait trouvé pour qu’elle s’occupe un peu de lui, sorte de son lit-cercueil et lui fasse un bisou. C’était déjà ça. Puis les années passées, les bisous disparurent (c’étaient des envies de petit garçon), la prière n’était plus d’aucun secours, et Skyrock avait remplacé l’office des rêveries sur les anges qui l’écoutaient, c’était lui qui écoutait maintenant, jusqu’à très tard, des morceaux de rap par milliers, puis du RnB sur Ado FM, radio que les filles de son collège affectionaient, dans la découverte des premières petites passions au romantisme timide pour des petits préados de cours d’école.

Vers ses douzes ans, un automne, il commença à ressentir les puissants courants émotifs de sa folie toute naissante et atrocement douloureuse. Déjà depuis des années, il allait en cours la boule au ventre, s’écartait des autres élèves timidement pendant la récréation, rejouant des symphonies de toute sorte dans sa petite tête autistique, des pans de pièces classiques qui venaient occuper son temps et faisaient tournoyer sa tête et tout son corps dans la solitude de l’école Beauregard.

Devant ses institutrices succéssives, il souffrait de maux de ventre extrêmement intenses lorsque enfermé dans une classe pour une heure, sans oser le dire, en gardant le silence, et la honte pour lui ne se disait pas de ces moments communs où l’excellence était requise. Il souffrait toujours en silence.

Un jour qu’il allait descendre les marches du grand escalier en colimaçon qui menait jusqu’au préau, il croisa trois de ses maîtresses préférées, l’ayant toujours intimidé mais qu’elle laissaient impressioné par tant d’abnégation, celle de prendre en charge des dizaines d’enfants chaque jour et de s’en occuper avec considération, mais il en entendu une, celle qu’il aimait le plus, s’adressant à ses deux collègues, leur chuchoter : « Taisez vous, c’est le petit Stanislas, le fou 1Le « fou » ou, le « débile », je ne me souviens plus très bien, il me semble qu’il s’agit de « débile » mais bref, rendons ça raisonnable. il va nous entendre. » Elles parlait de lui. Il appris avec une douleur immense et un sentiment d’humiliation supplémentaire qu’il était considéré par les autres, enfants ou adultes, comme fou. C’est à cette époque que débutat, en plus de son infinie timidité, son sentiment d’exclusion, sa honte d’être fait comme il était fait, mal foutu, d’être vivant aux côtés d’une mère adorée suicidaire et malade. C’est à cette époque, vers le CE2, qu’il abandonna toute idée de travailler avec acharnement pour un carnet de note dont il détestait qu’il soit une preuve d’intelligence et un trophée démontrant son aptitude à être adapté à un monde qui l’effrayait. Il n’avait pas besoin d’excellence, il avait besoin de l’amour des adultes, et des filles de son âge. Il n’avait aucune fierté, mais des larmes lui noyaient les joues quand il préssentait qu’il ne ferait jamais partie du monde bien portant qui l’entourait et l’humiliait.

À l’âge de rentrer au collège, il ambitionnait de devenir DJ, faisant régulièrement le tour du quartier de Pigalle pour s’inviter dans chaque boutique de matériel professionnel pour musicien, dont il lisait les catalogues gratuits avec avidité et qu’il finissait par connaître par cœur, où chaque enceinte de concert, chaque micro pour clarinette, chaque ampli pour sonorisation de stades, chaque console de studio gigantesque lui soufflait ses secrets et lui donnait envie de passer le reste de sa vie les pieds enlacés par des centaines de câbles audio.

Un jour, son père décida de lui offrir, accompagné de sa mère et lui, enthousiasmé, sous son insistance, de quoi scratcher, égaliser et faire glisser un crossfader pour faire l’exercice de créer des mixtapes de rap comme celles qu’il écoutait avec admiration, passionné par le travail de Cut Killer ou DJ Pone et tant d’autres. Mais devant le peu de moyens qu’avait son père pour ce matériel au prix bien trop élevé, ces derniers firent une dernière fois le tour des boutiques de Pigalle et se résolurent, selon la décision du père, à acheter l’objet de création musical le moins cher de la place, un petit DAW miniature et portatif, qui tiens sur les genoux, un séquenceur, une grande Game-boy pour faire des maquettes, Yamaha, d’occasion.

Lecteur obsessionnel qu’il était, il s’obstinat d’abord à consulter tout le mode d’emploi en anglais technique du boitier, n’y comprenant qu’un quart des mots, mais l’aidant à découvrir comment faire usage d’un effet phaser sur un synthé, d’un écho sur une note de piano, d’une réverbération sur un chœur monastique synthétisé en piste MIDI, sonnant terriblement métallique et peu harmonieusement. Il était comblé. La musique était à portée de mains et il se voyait déjà composer des milliers de morceaux.

Un soir, quelques jours après qu’il eut achevé sa première création, par une nouvelle nuit d’insomnie, dans la cabine d’un train de nuit couchette qui le ramenait de vacances à la montagne avec sa mère, son père sonna à la porte de leur appartement du 35, rue de la lune et s’engouffra dans l’appartement à peine celle-ci ouverte. Les paroles qu’il eut dans sa fureur immédiate furent destinées à Stan : « Tu ne vois pas qu’elle est malade ?! Tu la réveille toutes les nuits, parfois à 2 heures du matin !! C’est de ta faute si elle est comme ça, tu es responsable de tous ses problèmes !! À cause de toi elle se fait un sang d’encre !! Tu bousilles la vie de ta mère !! », etc. Il attrapa un marteau dans une boîte à outils, se dirigea vers sa chambre, attrapa le petit Yamaha si précieux, et les yeux pleins de haine, le démoli méticuleusement à grand coup de marteau dans l’entrée de l’appartement, devant la petite table où prenait place tous les ans la crêche de Noël que sa mère fabriquait joliment. Il continua, cependant qu’il détruisait l’objet, de charger son fils de tous les maux du monde, et lorsque l’enfant lui révéla maladroitement que, « de toute façon », une sauvegarde du premier morceau composé existait sur une K7 audio, il s’empressa de retourner dans la petite chambre au lit surélevé, arracha la cassette de la longiligne chaîne bas de gamme qu’ils avaient obtenu à la fête de fin d’année pour enfants de son travail chez AXA assistance, et la détruisit à son tour, ne laissant aucune trace du travail que l’enfant s’était passionné à entreprendre pour la première fois de sa vie en musique.

Stanislas Dejoie, 5 juin 2020.


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Autodidacte, poète et essayiste amateur. Féru de technologies, de toutes créations numériques. Connait la psychiatrie comme patient borderline depuis 20 ans. Souhaitant ici apaiser le dialogue entre toutes parties de la psy moderne et faire rencontrer des mondes qui s'affrontent. Prêt à dénoncer toute injuste subie par les malades psychiques quelle que soit leur mode de prise en charge. Amoureux du genre humain. [wp-story]

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