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Témoignage anonyme : la vision d’une infirmière sur le travail somatique en psychiatrie

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Les temps de parole incroya­ble­ment enri­chis­sants dans les soins en psy­chia­trie ne se font pas uni­que­ment lors d’en­tre­tiens dans des bureaux avec des méde­cins mais dans le poste de soins avec des infir­miers. Dans ce lieu se font les bilans san­guins, les pan­se­ments, les aéro­sols et les sur­veillances de para­mètres vitaux. L’application de soins tech­niques peut mener à un recueil de don­nées sur les ante­ce­dents fami­liaux de mala­dies psychiatriques.


Reflet des maux de l’his­toire de cha­cun, l’en­ve­loppe cor­po­relle est un héri­tage géné­tique non-choi­si. L’une des idées repen­dues au sujet de l’acces du soi­gnant au corps du patient comme étant celle d’une ren­contre for­ma­li­sée par des pro­to­coles est beau­coup trop réduc­trice. Le pro­to­cole sous-entend des ante­ce­dents qui auraient prou­vés l’ef­fi­ca­ci­té du trai­te­ment. Rencontrer un patient en psy­chia­trie n’est pas aus­si simple. Les agen­das du soi­gnant et du soi­gnés sont gérés en indé­pen­dance et le refus de soins est une chose fré­quente. Le patient hos­pi­ta­li­sé en psy­chia­trie de sec­teur ren­contre une mul­ti­tude de pro­fes­sion­nels et des pro­po­si­tions d’ac­ti­vi­tés thé­ra­peu­tiques, notam­ment sur le Centre de Jour. L’utilisation de ban­dages, de com­presses, de scal­pels, de kits de pan­se­ments sté­riles se réa­lisent dans un jon­glage de négo­cia­tions dans l’or­ga­ni­sa­tion d’une ins­ti­tu­tion. De plus, les décou­vertes for­tuites par l’en­ca­dre­ment infir­miers ne sont pas rares. Devoir agir dans l’ur­gence, sans maté­riel et pres­crip­tion médi­cale, est le lot quo­ti­dien de celui qui est en pre­mière ligne (« au che­vet du malade » ). Les pro­to­coles de soins sont dis­cu­tés et les avis diver­gents émergent en fonc­tion des for­ma­tions des pro­fes­sion­nels de santé.


La rela­tion de confiance (qui donne accès à la ren­contre) met à rude épreuve la pers­pi­ca­ci­té de l’ob­ser­va­tion du soi­gnant. Elle est asso­ciée à la lec­ture des dos­siers et des trans­mis­sions orales pour pla­ni­fier des soins. Le malade accepte de mon­trer une par­tie de son corps dans le but d’ob­te­nir satis­fac­tion (un trai­te­ment qui le sou­lage). Ce corps est le sym­bole d’un pas­sé, d’un pré­sent et d’un futur. Il est mar­qué par des chocs qui sont par­fois irré­ver­sibles. L’amas de cel­lule qui forme ce qui repré­sente l’ame est mar­queur de cer­tains pro­jets plus ou moins conscients, par exemple fuir ou séduire.

Ne pas négli­ger la dou­leur psy­cho­lo­gique per­met d’é­tu­dier les atteintes cor­po­relles comme les sca­ri­fi­ca­tions, les réac­tions cuta­nées (par exemple les aller­gies), les alcoo­li­sa­tions, les sur­mé­di­ca­men­ta­tions, etc. Le corps donne un signal de dou­leur par les influx nerveux.


Les soins soma­tiques cor­res­pondent à une façon de trai­ter le corps. Ils sont indis­so­ciables d’une éva­lua­tion psy­cho­lo­gique ren­due plus com­plexe avec les masques contre le Covid-19. Les masques retirent la pos­si­bi­li­té d’ob­ser­ver des mimiques et réduisent la moti­va­tion aux échanges par une com­pré­hen­sion de la parole com­plexi­fiée (moins de deci­bels et pas de lec­ture sur les lévres). Soigner le corps d’un malade peut étre un rituel : il se fait à une fre­quence pré­cise, sur une durée defi­nie et a un moment pré­cis de la jour­née. Ces infor­ma­tions sont four­nies aux patients pour concré­ti­ser les soins, l’al­gie durant le soin est éga­le­ment indi­quée. Les actes infir­miers se déroulent suite à l’ac­cord du patient.

Une infir­mière psy­chia­trique tenant à son anonymat,

26 jan­vier 2021.


Illustration musi­cale sélec­tion­née par notre soi­gnante qui témoigne.
Invité anonyme

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