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Urgence spirituelle

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Dans la crise d’émergence spi­ri­tuelle, on est sus­cep­tible de par­tir du prin­cipe sui­vant : « l’existence ne vaut pas la peine d’être vécue », ce qui peut conduire le sujet à des idées sui­ci­daires avec pré­mé­di­ta­tion (la déci­sion est prise). Ce serait l’exacerbation de ce que Sigmund Freud appelle la pul­sion de mort. C’est ce qui va ensuite engen­drer une sorte de com­mu­ta­tion, c’est-à-dire d’intégration de cette fata­li­té : pro­jec­tion dans la mort, ou mort sym­bo­lique. C’est à ce moment pré­cis que s’effectue un lâcher-prise d’envergure. Vient ensuite l’expérience de revi­vis­cence[1] asso­ciée : mon­tée de la kun­da­li­ni (éner­gie lovée dans le coc­cyx), ouver­ture des cha­kras… Il y a une dia­lec­tique entre la pul­sion de vie et la pul­sion de mort (la réten­tion de la kun­da­li­ni au niveau du cha­kra sacré — c’est-à-dire la zone géni­tale, que j’associe per­son­nel­le­ment à l’ambivalence — se délite et ain­si, l’énergie sexuelle est subli­mée), les gonades[2] ont cata­ly­sées… Ce qui active la glande pinéale (épi­physe, dans le cer­veau ; appa­raît au même moment que les gonades[3] au cours de la ges­ta­tion) qui va se mettre à pro­duire de la dimé­thyl­tryp­ta­mine (DMT, seul psy­cho­trope endo­gène, natu­rel­le­ment sécré­té par cette par­tie du cer­veau). A noter que c’est cette même par­tie du cer­veau qui pro­duit de la méla­to­nine[4] lors de l’endormissement : on peut ain­si dire que la DMT serait l’hormone de l’éveil dans une fonc­tion spi­ri­tuelle. Il va y avoir une uni­fi­ca­tion chi­mique et fré­quen­tielle au sein du troi­sième ven­tri­cule céré­bral, asso­ciée à une syn­chro­ni­sa­tion hémi­sphé­rale[5] ; une pro­bable émis­sion d’ondes gam­ma (ces mêmes ondes que l’on retrouve chez les grands médi­tants orien­taux à l’œuvre) ; et un phé­no­mène de liage (le connec­tome, c’est-à-dire l’ensemble des connexions neu­ro­nales, est uni­fié). Tout cela va consti­tuer un état non-ordi­naire de conscience, où la trans­li­mi­ta­li­té (état de poro­si­té entre le conscient et l’inconscient, et, par déduc­tion, entre la par­tie consciente et la par­tie incons­ciente de notre cer­veau) met en scène les fameux arché­types[6] qu’évoque Carl Gustav Jung dans son approche, sous forme d’archéidolies[7], de phan­top­sies[8] et/​ou de paréi­do­lies[9]… Dans cette pers­pec­tive, les apports de la phy­sique quan­tique ne sont pas négli­geables.
Le sujet devient hyper­sen­so­riel, hyper­sen­sible et hyper­sen­si­tif, ce qui peut don­ner lieu à des per­cep­tions extra­sen­so­rielles. Tous ces élé­ments vont l’introduire dans un voyage psy­cho­nau­tique (expé­rience cha­ma­nique ou état-limite, avec la transe). Il va pou­voir expri­mer libre­ment sa créa­ti­vi­té, vivre ce que j’appelle per­son­nel­le­ment des hyper-syn­chro­ni­ci­tés (dues à la ful­gu­rance de l’éveil), et com­men­cer à inter­pré­ter les arché­types en action dans son champ sen­si­tif, à tort ou à rai­son. S’il vit l’expérience en milieu fami­lial, il est fort pos­sible que naisse une agi­ta­tion réac­tion­nelle anxio­gène de l’entourage qui indui­rait un sen­ti­ment d’insécurité non mesu­ré, autant par le sujet que par les proches ; et c’est, je pense, ce qui peut être à l’origine d’un syn­drome confu­sion­nel[10] qui — je le pré­cise — est iden­ti­fié par l’arsenal théo­rique de la bio­psy­chia­trie comme étant sou­dain et tem­po­raire, ce qui peut bien évi­dem­ment mener à des erreurs d’interprétation, notam­ment au sujet des syn­chro­ni­ci­tés[11].
Ce cas de figure étant pro­pice à une hos­pi­ta­li­sa­tion, le sujet peut être ame­né, de fil en aiguille, à se confron­ter à l’institution psy­chia­trique (qui, pour ceux qui l’ignorent, est dépour­vue d’appareils de mesure tel qu’électroencéphalographe ou appa­reil élec­tro­phy­sio­nique) : bien que le sujet ne repré­sente un dan­ger ni pour lui ni pour les autres (les idées mor­bides ayant été trans­cen­dées) ; bien que son état ne soit pas par­ti­cu­liè­re­ment inva­li­dant (il est tou­jours en capa­ci­té d’agir dans le bon sens au quo­ti­dien) ; bien qu’il soit ouvert à la dis­cus­sion et conscient, le diag­nos­tic asso­cié « patho­lo­gise » (or le sujet n’est pas dépour­vu de juge­ment éclai­ré, mais son juge­ment est éclai­ré sous un nou­veau jour). S’il y a demande d’hospitalisation et qu’elle est approu­vée par le pro­fes­sion­nel de san­té, va se mettre en place l’administration d’un ou de plu­sieurs neu­ro­lep­tiques[12] (quand bien même cette der­nière pra­tique est for­te­ment pro­hi­bée ?) trau­ma­ti­sants pour le sujet dans son voyage psy­cho­nau­tique. Ce qui génère fina­le­ment une vraie patho­lo­gie due à une mau­vaise prise en charge qui trouve sa source dans une mécon­si­dé­ra­tion de la dimen­sion spi­ri­tuelle de l’être humain. Cela crée une faille dans la psy­ché, qui laisse libre cours au monde de l’astral où foi­sonnent des éner­gies peu recommandables.

Si l’on se penche sur les apports phy­sio­pa­tho­lo­giques de la neu­ro-ima­ge­rie en recherche psy­chia­trique, on découvre que chez ledit schi­zo­phrène et ledit bipo­laire, il y aurait des ano­ma­lies struc­tu­relles asso­ciées à la mala­die, et des cor­ré­lats ana­to­miques et fonc­tion­nels des dif­fé­rents symp­tômes. Permettez-moi de para­phra­ser un peu (en gras mes remarques personnelles) :

Dans le cas de la schi­zo­phré­nie, il y aurait des signes d’atrophie du cer­ve­let chez les patients chro­niques, avec un élar­gis­se­ment des ven­tri­cules ; une réduc­tion du volume du gyrus tem­po­ral supé­rieur (notam­ment du côté gauche, asso­cié aux pro­ces­sus de trai­te­ment des infor­ma­tions audi­tives et du lan­gage) dont le pla­num tem­po­ral et le gyrus de Heschl ; des ano­ma­lies des struc­tures lim­biques (amyg­dale, hip­po­campe, gyrus para­hip­po­cam­pique, cor­tex cin­gu­laire anté­rieur) mais éga­le­ment des régions fron­tales ; des atteintes au niveau parié­tal (notam­ment le lobule parié­tal infé­rieur), au niveau de l’insula, du corps cal­leux (join­ture entre les deux hémi­sphères), du cor­tex ento­rhi­nal et des struc­tures sous cor­ti­cales (gan­glions de la base et tha­la­mus). Les auteurs de la source biblio­gra­phique dans laquelle je puise pré­cisent : « hété­ro­gé­néi­té des dif­fé­rentes popu­la­tions de patients en dépit du cri­tère diag­nos­tique com­mun ». Que cela veut-il dire exactement ?

Dans le cas de la bipo­la­ri­té, un élar­gis­se­ment des ven­tri­cules laté­raux ; un volume de l’amygdale (lié à la peur) aug­men­té (pas géné­ra­li­sé, mais on peut faire le rap­pro­che­ment avec un éven­tuel sen­ti­ment d’insécurité au sein du foyer fami­lial et/​ou de l’institution psy­chia­trique : hyper­vi­gi­lance consé­cu­tive d’un trau­ma) ; chez les enfants et ado­les­cents : dimi­nu­tion signi­fi­ca­tive du volume de l’amygdale gauche ; aug­men­ta­tion ou réduc­tion des régions hip­po­cam­piques et para­hip­po­cam­piques ; la durée de la mala­die est asso­ciée à l’élargissement d’une région com­pre­nant une par­tie de l’amygdale ; « les patients exa­mi­nés lors du pre­mier épi­sode de trouble bipo­laire ne pré­sentent pas de réduc­tion de la sub­stance grise au niveau fron­tal-insu­laire, alors que les patients bipo­laires connais­sant une longue mala­die pré­sentent un volume plus faible de cette région ».

[Je ne parle même pas ici des dis­pa­ri­tés de matière grise.] 

Dans les deux cas, et ce qui est sus­pi­cieux, de mon point de vue, c’est que les auteurs ne pré­cisent pas si les sujets sont trai­tés. Or, on ne peut pas géné­ra­li­ser des ano­ma­lies struc­tu­relles (donc par déduc­tion géné­tiques — je pré­fère per­son­nel­le­ment par­ler d’anomalies déve­lop­pe­men­tales, c’est-à-dire épi­gé­né­tiques) à par­tir d’une popu­la­tion de patients trai­tés, auquel cas ce n’est plus « struc­tu­rel » mais neu­ro­plas­tique[13] (au sens où le trai­te­ment induit ces ano­ma­lies). Quand bien même, qui dit dys­fonc­tion­ne­ment dit fonc­tion­ne­ment sous-jacent, c’est-à-dire qu’un dys­fonc­tion­ne­ment peut être révé­la­teur d’un autre mode de fonc­tion­ne­ment (pos­sible), dont tout le monde ne béné­fi­cie­rait pas du fait des pré­dis­po­si­tions acquises et innées.
L’électroencéphalographie et, plus géné­ra­le­ment, l’imagerie céré­brale, n’est qu’une mise en exergue d’indicateurs hor­mo­naux (les­dits « bio­mar­queurs ») : on ne peut iden­ti­fier de mala­die par ce biais. C’est un leurre.
De simples obser­va­tions, les experts en bio­psy­chia­trie passent éton­nam­ment vite aux déduc­tions, pour­vu que la phar­ma­co­pée soit lucra­tive ! C’est un point de vue maté­ria­liste, nor­ma­tif et mer­can­tile. Rien n’est prou­vé. De plus, éty­mo­lo­gi­que­ment, « ano­ma­lie » se tra­duit par ano­ma­lia (latin et grec), qui signi­fie « aspé­ri­té » ou « irré­gu­la­ri­té ». Par aspé­ri­té, j’entends per­son­nel­le­ment « manque » ; et par irré­gu­la­ri­té, « fonc­tion­na­li­té » par rap­port à une NORME. Il n’y a (si je puis dire) ano­ma­lie que dans LA TÊTE DES BIOPSYCHIATRES.
Quant aux « ano­ma­lies du sys­tème de récom­pense » dans ladite bipo­la­ri­té, elles peuvent être en lien avec un trau­ma­tisme (comme évo­qué en amont) infli­gé par le trai­te­ment chi­mique (en l’occurrence les neu­ro­lep­tiques — il s’agit, comme dans le cas d’un can­cer, d’une chi­mio) et cor­po­rel (cloi­son­ne­ment, chambre d’isolement, conten­tion…). Réactionnellement, ce que les neu­ros­cien­ti­fiques appellent « la réponse com­bat-fuite[14] » (qui se dis­tingue de « la réponse de relaxa­tion » et qui est propre à la peur — amyg­dales) s’impose face à la famille (foyer anxio­gène insé­cu­ri­sant) puis face aux pro­fes­sion­nels de san­té (arti­sans du trau­ma­tisme).
La cor­rup­tion du sys­tème de récom­pense par le trau­ma­tisme conduit le sujet à revivre les mêmes pro­blé­ma­tiques en cas d’éveil renou­ve­lé de la kun­da­li­ni : ce que les bio­psy­chiatres appellent « la rechute », la fameuse.


Extrait du film I Origins (2014). Choix d’Andréa.
Monument, Röyksopp & Robyn. Choix d’Andréa.

Lien vers la page Google Books du livre dont est extrait cet article (e‑book) : Pour une anti­psy­chia­trie trans­per­son­nelle.

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